Sur le bout de la langue, une chronique de l’Institut des langues officielles et du bilinguisme (ILOB)

Publié le mercredi 17 mars 2021

L’ILOB lance une chronique sur la langue française à l’occasion du Mois de la Francophonie. Cette édition toute spéciale explore quelques subtilités de la langue en quatre temps : les faux-amis, les anglicismes de sens, les régionalismes franco-ontariens ainsi que le féminin et le masculin. Un jeu-questionnaire vous attend à la fin de cet article.

 

1. Les faux-amis – assurément ou définitivement ?

Les faux-amis sont des mots de langues différentes qui se ressemblent par la forme, mais qui diffèrent par le sens, le niveau de langue ou l’emploi grammatical et qui ne sont pas équivalents dans une langue comme dans l’autre. Par exemple, bien que les mots definitely et « définitivement » se rapprochent par leur ressemblance formelle, ils ne possèdent pas la même définition. En anglais, definitely sert à mettre l’accent sur un point, souvent pour montrer son accord ou son désaccord. Il a pour synonymes « certainement, assurément, absolument, bien sûr, sans aucun doute », etc. En français, l’adverbe « définitivement » marque le temps, signifiant « d’une manière définitive, pour de bon, pour en finir, tout compte fait ».

À titre d’exemple, en français, « éventuellement » veut dire « le cas échéant, s’il y a lieu, si l’occasion se présente, probablement, possiblement, peut-être ». Il vaut mieux éviter de l’utiliser pour affirmer la certitude, soit un événement qui se réalisera sans le moindre doute, ou dans le sens de « finalement », car il devient alors un anglicisme.

Exemple d’emploi fautif

Il est éventuellement allé chercher son enfant au service de garde.

Exemple d’emploi correct

Il est finalement allé chercher son enfant au service de garde.

En anglais, eventually annonce « à un moment ultérieur non précisé, en fin de compte ». D’autres termes peuvent être employés en français afin d’exprimer une notion de temps, comme « par la suite, plus tard, à un moment donné ». Plusieurs mots de transition peuvent souligner une fin : « en définitive, finalement, tôt ou tard, à terme, finir par, en venir à », etc.

 

2. S’interroger ou se questionner sur les anglicismes ?

Les anglicismes sont des emprunts à l’anglais par une autre langue dont l’usage demeure critiqué. Le saviez-vous ? Il existe huit formes d’anglicismes : d’orthographe, de prononciation, de vocabulaire, de sens, locutionnels, syntaxiques, morphologiques et graphiques.

Les anglicismes de sens

Ces mots existent en français, mais ils sont employés dans le sens qu’ils prennent en anglais. Par exemple, les verbes « questionner » et to question ne définissent pas tous les mêmes concepts dans une langue comme dans l’autre. En français, « questionner » a pour définition : « Poser des questions à quelqu’un, interroger ». En anglais, to question possède également plusieurs autres sens : « interroger de façon intensive, douter, remettre en cause, examiner », etc. Plusieurs verbes peuvent manifester un désaccord : « contester quelque chose, s’interroger sur, mettre ou remettre en question une décision, mettre en doute, douter ».

Exemple d’emploi fautif

Je questionne la nécessité d’une telle intervention.

Exemple d’emploi correct

Je m’interroge sur la nécessité d’une telle intervention.

 

3. Les régionalismes franco-ontariens : de quoi tu parles de ?

Un régionalisme consiste en un mot, une tournure ou une locution propres à une certaine région. Les régionalismes marquent un écart en comparaison avec le français international. Par ailleurs, un canadianisme se définit comme un « fait de langue propre au français parlé au Canada ». Vous remarquerez plusieurs emprunts à l’anglais dans les exemples suivants. Selon Éliane Cayen, Franco-Ontarienne originaire d’Embrun, dans l’est de l’Ontario : « Je pense que la chose la plus franco-ontarienne qui soit, c’est qu’on prend des verbes en anglais et on les utilise tout le temps dans nos phrases en français. On va même accorder nos verbes en français comme dans « On drivait sur le highway l’autre jour. » Ces pratiques peuvent faire penser à des approches comme celles propres au translanguaging, où les locutrices et locuteurs multilingues sont encouragés à utiliser deux ou plusieurs langues faisant partie de leur répertoire linguistique de manière spontanée et valorisante.

Exemples d’expressions

1 On ne l’use pas. On ne l’utilise pas.
2 Aller faire les groceries. Aller faire l’épicerie.
3 Ontarois Franco-Ontariens
4 Faire sûr S’assurer de
5 Une plume Un stylo
6 De quoi tu parles de? De quoi parles-tu?
7 Marcher mon chien. Promener mon chien.

 

4. Féminin ou masculin ? Pourquoi pas les deux ?

Nous le savons qu’en français, les déterminants, les pronoms, les noms, les adjectifs et les participes passés s’accordent en genre et en nombre. En linguistique, le genre féminin, qui représente les termes reliés aux femmes, sert à distinguer les mots n’étant pas du genre masculin, soit ceux qui désignent les hommes. Cependant, avec le courant de la féminisation des mots, il est suggéré de privilégier l’usage de noms neutres, notamment de noms collectifs ou de noms épicènes. On utilise ces derniers, qui regroupent à la fois la notion de masculin et de féminin, dans l’optique d’être plus représentatif et non-sexiste. Par exemple, les termes « le personnel » et « les personnes » englobent autant les femmes que les hommes. Cela dit, connaissez-vous bien le genre des noms suivants ? Testez vos connaissances avec ce jeu-questionnaire!

 

Jeu-questionnaire

Devinez si ces noms sont féminins, masculins ou les deux :

  1. Vidéo 
  2. Granule 
  3. Après-midi 
  4. Voile de bateau 
  5. Atmosphère
  6. Spore
  7. Pore de la peau 
  8. Impasse 
  9. Hécatombe 
  10. Pétale de rose 

Réponses :

1) Les deux 2) Les deux 3) Les deux 4) Féminin 5) Féminin 6) Féminin 7) Masculin 8) Féminin 9) Féminin 10) Masculin

 

Pour en savoir plus :

Centre collégial de développement de matériel didactique – Amélioration du français

Banque de dépannage linguistique – Emprunts sémantiques

Ça parle ontarois! Petit dictionnaire d’expressions franco-ontariennes

Alloprof – Le féminin des noms

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